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Dimanche 25 mars 2007

C'est avec nonchalance que je viens m'épancher, exercer le peu de liberté qui me reste en résidence surveillée ... Heureusement qu'il y a le net et quelques grossiers tours de passe-passe afin de tromper l'ennemi. J'aurais dû être à Zürich, mais la force et l'argent m'ont manqués pour quelques heures de fuite ... Je reviens donc de la messe et du cinéma, une autre sorte de messe ... J'ai vu un gentil film avec E., une histoire de gens libres et paumés, si loin de la réalité vaudoise, une bluette française avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et quelques beaux meubles de style. C'était aussi une histoire de gens seuls qui le devenaient un peu moins ...

Durant la messe, après la communion, j'avais vraiment l'impression d'une présence physique, douce et souffrante, un être, un corps à aimer, à aimer de baisers, de caresses, quelqu'un sur qui veiller jalousement, quelqu'un de très proche, avec des bras, une chaire sensible et douloureuse. L'impression était confuse, troublante, vive, charnelle et paradoxalement désincarnée, chaste ... au-delà. J'aurais presque pu respirer son odeur, sentir sa chaleur.

Retour de messe, de cinéma, surtout ne pas allumer la télé, trop de bêtises, samedi soir oblige. Comme tout gay normalement constitué et équipé en informatique, je suis allé voir quelques sites pornographiques, éprouver d'une autre manière ce corps, le désir, la solitude. Et j'ai mis la main sur une "video preview", deux garçons, l'un genre racaille, et l'autre, l'autre ... un bon garçon. Alors que la racaille tatouée, d'une maigreure toute cokaïnomaniaque, les cheveux mal décolorés en blond-pisse avec quelques traces d'une ancienne couleur rouge, alors qu'il besognait à coups de reins saccadés le bon garçon, ce dernier le regardait avec tant de douceur, d'amour, de compréhension. Je suis bien resté plus de cinq minutes à visionner la séquence en boucle. Impression que la saynète changeait, y découvrir à chaque passage de nouveaux détails, de quoi confirmer l'amour que le bon garçon porte à racaille. Ce regard était plus doux que du miel et j'aurais aimé être celui à qui il s'adressait.

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Vendredi 23 mars 2007

Cela fait quelques jours que je l'ai remarqué, une semaine tout au plus, dans la boutique du tapissier-décorateur, au début de l'avenue d'Echallens. Aurd'hui, il était dans la vitrine, je l'ai regardé, j'ai observé briller son étoffe lamée-argentée depuis la banquette du trolleybus. J'ai apprécié, dans le mouvement, la ligne modérément Art Déco de ce petit fauteuil, une chaise à bras plutôt, pieds et accoudoirs de bois laqué noir, et ce chic, à peine tape-à-l'oeil, un peu voyant ... Je me suis rappelé que j'avais été heureux, que j'avais vécu parmi de tels objets qui promettent de belles soirées et de l'éclat, et la bonne vie bourgeoise insouciante de la fin du XXème siècle, lorsque dans un métissage baroque s'ouvrait de si belles perspectives libertaires ...

Je vis en résidence surveillée, sans exagérer, sous la pression légère de l'inquisition d'état, sous l'attention fouineuse de sous-préposés à l'ordre moral établi s'ennuyant ferme dans leur fonction. On a tout fait pour que je me sente inutile sans pour autant m'offrir la liberté d'un jour chômé de plus, week-end de trois jours ou coupure dans la semaine. Je ne ris plus, ne sors plus, ne m'amuse plus ... J'écris un peu, pour me persuader que je suis encore un auteur, et je rentre me réfugier chez moi, encore tout sale du regard indifférent de ma hiérarchie, de son hypocrisie ...

Il suffit parfois d'un bel objet, d'un petit fauteuil un rien incongru, sa tapisserie à la limite du mauvais goût pour me rappeler que je viens d'une époque libres dans sa pensée, d'un monde frondeur et sensuel. J'étais alors marié; je croyais que tout irait forcément mieux, et pour nous, et pour les autres, que nous danserions, que nous serions heureux et apporterions ainsi notre petite pierre à l'édifice.

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Jeudi 22 mars 2007

Deuxième journée de printemps, zéro degré, ciel lourd ... Je vis dans une sorte d'étrange no-man's-land, j'y suis entré je ne sais trop comment, j'ai dû me tromper de porte. Je ne suis pas malheureux en soi, je ne vis aucune urgence, juste la langueur d'une existence de mépris fade ... Par lâcheté et gain d'apaisement, je suis en train de nettoyer mon journal en ligne, j'ai ouvert un site d'archive à l'accès contrôlé et supprime sur le site le plus en vue - en butte - des centaines de messages. Il est vrai que je ne suis pas tendre avec la médiocrité vaudoise et le contentement des gens en place ... Je m'en veux de ma sincérité, ce tas d'imbéciles ne mérite pas un mot authentique, pas une parole vraie, une prière à l'occasion, pour leur salut éternel.

Des flocons sales dansent derrière ma fenêtre. Ils  n'ont rien de la neige pure et mythologique des contes de fées; on dirait de la cendre ou de la poussière ... Si seulement j'avais affaire à un cauchemar violent ou quelque menace plus directe ... Dans ce mauvais entre-deux, tout n'est qu'affaire d'impression dont on pourrait me persuader du contraire par une grande tape "amicale" sur l'épaule et on m'assurerait dans un rire à peine forcé que "je me fais des idées". Dans le même temps, on me glisse quelques "bâtonnets" dans les roues, rien ne va jamais de soi. Il ne m'est pas même permis de m'enfermer dans une triste routine; je suis obligé de rester sur mes gardes, prévenir les mille abus "légers" dont je suis victime, à peine des négligences dont on finit toujours par s'excuser ...

Peut-être que l'histoire littéraire des siècles prochains relèvera, parmi les raisons de tenir un journal en ligne, les vertus du blog, cette possibilité donnée aux auteurs de témoigner, anonymement ou non, directement auprès de leurs lecteurs de leurs difficultés, faire tomber le voile ... Je suis la demi-victime d'une hiérarchie bien-pensante, évangéliste, normative, à peine raciste et homophobe. Qui va m'entendre ?! En 1932, dans l'Allemagne de la République de Weimar, les signes étaient encore plus évidents et ça n'a pas empêché l'accession au pouvoir des chemises brunes.

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Mardi 20 mars 2007

Il a neigé sur la campagne et le lac couleur d'acier, il a neigé sur l'obscurantisme du petit peuple vaudois, sur les convictions obtuses de ses édiles. Je hais positivement ce pays et j'en suis captif; je n'aurais pas le droit de me plaindre. Cela en rajoute à la honte ... Il a aussi neigé sur les vanités des jeunes tantes en vue de la région, sur leur propension à se satisfaire d'elles-mêmes et de leur "sex-appeal" dont elles ne jouissent pas.

Il est tard, je devrais dormir, mais ces quelques lignes acerbes m'apaisent, il fallait juste que j'évacue ce qui, lentement et sûrement, m'empoisonne. Tant que j'ai la force de regagner le territoire de la littérature et de conserver un minimum de dignité ... Fuite, comme une promesse amère, une douleur apaisante parce que l'attente est encore plus lancinante.

La nuit s'amincit, on tente de la supprimer, interdire son obscurité, en priver les esprits fourbus, donner du repos à celui qui veille d'un regard fixe jusqu'à ne plus rien voir, jusqu'au sommeil.

Promis, je reviendrai demain.

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Samedi 17 mars 2007

Une semaine, encore une semaine, une de plus ... na und ? Nous sommes samedi soir, je me sens acculé par la logique de vie sordide à laquelle je devrais adhérer, comme s'il me suffisait de dire "oui", d'ouvrir les bras et d'acceuillir ce pays de merde et ses autorités de merde, je conchie ma terre, je suis fatigué, je ne veux plus lutter ...

Selon la foi juive, il est permis de suicider afin de protéger ses convictions face à un ennemi implacable, une sorte de dérobade en forme de pied de nez ... Je ne suis pas triste, comment pourrai-je l'être ?! J'ai connu la passion, un instant de révélation, je sais ce qu'il y a dans ma bible (au propre comme au figuré), je suis en accord avec mes convictions et ma personnalité profonde. Je pourrai passer d'une manière toute proustienne les dix prochaines années étendu à raconter ce que j'ai connu, traversé, le petit théâtre de mes vingt ans avec toutes leurs imperfections, leur charme et la saveur incomparable de la madeleine.

J'ai encore dû encaisser le chantage minable du directeur du collège de C., village où vécut Madame de S., les relents d'homophobies, "mais non, mon p'tit monsieur, vous avez le droit d'être pédé mais faut vous faire chier en couple comme un vrai hétéro." Minable tas de chaires informes ... Il y a bien mon engagement littéraire ... on s'en moque. Nous, les littérateurs, sommes des Cassandre que, non seulement, personne ne lit mais que personne n'écoute.

Pourtant, je ne suis pas fait pour cette lutte ... il est hors de question que je lâche la plume pour les armes, si symboliques soient-elles ... Il me reste ... vous ! improbables lecteurs, 31 par semaine selon les prévisions de fréquentations d'over-blog. Et je n'ai plus l'allant de rencontrer les autres dans ma vie physique, simplement dire ma lassitude sans récolter les bons conseils fédérateurs et d'une correction politique impeccable qu'on ne manquerait pas de m'asséner. Je ne pense qu'à mon tout prochain séjour à Berlin, puis la publication de "La Dignité" et, après, je pourrais toujours me convertir au judaïsme.

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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