C'est avec nonchalance que je viens m'épancher, exercer le peu de liberté qui me reste en résidence surveillée ... Heureusement qu'il y a le net et quelques grossiers tours de passe-passe afin de tromper l'ennemi. J'aurais dû être à Zürich, mais la force et l'argent m'ont manqués pour quelques heures de fuite ... Je reviens donc de la messe et du cinéma, une autre sorte de messe ... J'ai vu un gentil film avec E., une histoire de gens libres et paumés, si loin de la réalité vaudoise, une bluette française avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et quelques beaux meubles de style. C'était aussi une histoire de gens seuls qui le devenaient un peu moins ...
Durant la messe, après la communion, j'avais vraiment l'impression d'une présence physique, douce et souffrante, un être, un corps à aimer, à aimer de baisers, de caresses, quelqu'un sur qui veiller jalousement, quelqu'un de très proche, avec des bras, une chaire sensible et douloureuse. L'impression était confuse, troublante, vive, charnelle et paradoxalement désincarnée, chaste ... au-delà. J'aurais presque pu respirer son odeur, sentir sa chaleur.
Retour de messe, de cinéma, surtout ne pas allumer la télé, trop de bêtises, samedi soir oblige. Comme tout gay normalement constitué et équipé en informatique, je suis allé voir quelques sites pornographiques, éprouver d'une autre manière ce corps, le désir, la solitude. Et j'ai mis la main sur une "video preview", deux garçons, l'un genre racaille, et l'autre, l'autre ... un bon garçon. Alors que la racaille tatouée, d'une maigreure toute cokaïnomaniaque, les cheveux mal décolorés en blond-pisse avec quelques traces d'une ancienne couleur rouge, alors qu'il besognait à coups de reins saccadés le bon garçon, ce dernier le regardait avec tant de douceur, d'amour, de compréhension. Je suis bien resté plus de cinq minutes à visionner la séquence en boucle. Impression que la saynète changeait, y découvrir à chaque passage de nouveaux détails, de quoi confirmer l'amour que le bon garçon porte à racaille. Ce regard était plus doux que du miel et j'aurais aimé être celui à qui il s'adressait.
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