On l'appelle peuple du livre et, pour ce peuple élu, il ne s'agit pas d'un livre mais DU LIVRE, le récit de sa foi, de son errance, de ses souffrances, ses espoirs. Israël et son sens de l'histoire ont signé avec le Talmud la première autofiction, un conte magnifique, douloureux et sans fin ... L'oralité n'assurait plus la transmission de tout ce savoir, il a fallu consigner, commenter, raconter, encore, encore, et ajouter, et renouveler le commentaire du commentaire. et ainsi de suite. Freud parlait, à propos de ses coreligionnaires "d'atavisme talmudique", de cette façon de mettre en mots, en questions et témoignage la vie et la foi...
Si je me réfère à mon "talmud" personnel, le ruban de mon récit, de cette conversation souvent mélancolique avec soi et quelques lecteurs anonymes, j'arrive au moment quand, après m'être péniblement remis, je remercie avec chaleur et pars un petit ballot sur l'épaule au loin, quelque part à l'horizon vers une hypothétique meilleure vie ... Ou, autre scénario, loin des grands tourments, je profite des premières belles après-midi devant la maison, ou pas trop loin, en gardant humblement le regard bas jusqu'à ce que la providence m'amène quelques galants chevaliers à aimer, commencer une histoire, un nouveau conte... Et tâcher de tenir au mieux mon intérieur, entretenir une certaine dignité en dépit de la ruine des rideaux et mesurer le temps à l'aune de petites tâches, au rythme d'activités cycliques, de déplacements habituels comme si l'extraordinaire de l'amour ne pouvait pousser que sur ce terreau banal, comme si la vie de Marianne était vraie ... Et J.-M. que je n'ai pas rappelé, qui ne m'a pas rappelé ...
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