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Vendredi 23 février 2007

Je suis bel et bien à la maison, mon vieil appartement, parmi le délicieux mélange d'objets ramassés sur le trottoir, achetés en promo, les meubles qui ne manquent ni de cachet ni d'histoires ... Un peu fatigué, pas autant que le canapé aux nombreux plaids froissés et cette certitude que la lutte finira par se conclure par ma victoire. Les ennuyeux ne l'emporteront pas, ni sur mes cochons en peluche, ni sur mon petit coeur de "Lisa Plenske" et ni sur toutes les images pieuses qui garnissent la maison.

Finalement, j'ai bien fait de lever le camp, j'aime bien ce petit coin de blog en rose ... Je refais ma vie, d'une certaine manière. Nous allons encore un peu jouer à chat avec J.-M., ses yeux verrons, Genève, sa présence, le tout en "pourquoi pas" des jours aimables, rien de tragique, je suis fatigué du tragique et j'aime la discrétion de mon "soupirant"

Mes petits lecteurs, mes amis, on ne va pas manquer de s'amuser; je vais vous offrir le soleil de mes lointains dix-huit ans, sur fond de musique eightie's parce que, à mon avis, on n'a jamais rien fait de mieux. Les veaux, les vaches et les sales porcs de la campagne de C., village où j'enseigne et où vécut, accessoirement, Mme de S. au XIXème siècle peuvent aller se faire étriper ailleurs. Ils n'auront pas le droit de citer ici. Toutefois, la campagne est si belle, je le remarque tous les jours en allant enseigner, et le lac ... Quel bel écrin pour les photos de quatrième de couverture ou dans les magazines, vous lisez un auteur qui ne va pas en rester à quelques publications confidentielles.

Je n'écris pas que de l'autofiction ou de l'essai tempêtant contre l'indécrottable crétinerie de l'époque. En ce moment, je travaille au "Concile de pigeons", un roman de l'éveil, ce qui tient de la gageure absolue alors que je dois faire face aux mille embûches d'une vie de fonctionnaire scolaire subalterne. Il y aurait toujours un voisin bruyant, un truc en panne, l'incivilité d'un élève pour me gâcher l'inspiration mais je passe au-dessus, je sais que je vous ai, mes lecteurs anonymes, et J.-M., et quelques vieux amis fidèles.

 

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Lundi 19 février 2007

Je m'adresse ici aux fans de "Verliebt in Berlin" ("Le destin de Lisa"). Je suis une véritable "Lisa Plenske" et je fais mon "complexe de Jürgen", son presque peut-être à peu près petit copain, avec qui elle passe des nuits torrides à ... regarder les étoiles. J'aime dormir à côté de garçons sympathiques et voilà ... Pour le reste, comme dirait l'autre, je ne veux pas savoir, il y a des maisons faites pour ça. Je me dis que je ne vois pas mon David, qu'il est là et que je passe à côté à force de soupirer et de prendre le thé. Samedi, je racontais à ma mère mon impression des les faire fuir, tous, sitôt qu'ils se mettent à me lire. Maman m'a rassuré, "ce n'est pas toi dans ton dernier roman; c'est bien toi mais c'est une pose ..." Soit, ce qui ne m'empêche pas de continuer à soupirer, et rêver prend du temps. Je reste étendu dans mon vieil appartement et je songe à mes prochains voyages, Madrid tout bientôt, et je pense à J-M, à Gregory, Grégoire, et quelques autres et je suis heureux comme on peut l'être quand on se regarde satisfait dans le miroir tout nimbé du doux halo de la mélancolie.

Les heures s'écoulent voluptueusement entre mille impressions, confettis sensoriels, souvenirs et projections mièvres. Tant pis pour la dignité de Thomas Mann, tant pis, ici je ne pense pas avoir d'ennemis, je peux me livrer à la lascivité d'Emma Bovary, je ne suis plus en exil sur ce blog, j'y suis en vacances

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Vendredi 16 février 2007

Oh, mon Dieu, tout ce rose, et cette mièvrerie ... ça ne va pas  en s'arrangeant. Il y a une "Lisa" qui sommeille en moi, une "Lisa Plenske" de "Verliebt in Berlin". De plus, puisque je ne suis plus sous le regard dégoûtant et inquisiteur de mes censeurs pusillanimes, je me lâche et en rajoute une couche dans le genre "cher journal". Quoique cela me semble toujours mieux que de me draper dignement dans l'évocation d'un possible suicide.

Et pour la gravité et le sérieux, il y a mon "Concile de pigeons", un texte qui m'est tombé dessus, j'y touche un peu, par moment, de courts, très courts instants, une collection de rien droit dans le style et la tradition littéraire romande, de Cingria à Ramuz, à Cendrars et Borgeaud. Je peux bien vous le dire - je ne pense pas avoir beaucoup de lecteurs suisses - je suis vraiment très, très, très vaudois, mais, chuuuut, 'faut pas le répéter, ils seraient trop contents par chez moi, ils croiraient me tenir ou, pire, me comprendre.

J'ai une réputation d'emmerdeur à soigner, de contestataire pornocrate ! On me prend déjà pour cinglé, incontrôlable et potentiellement dangereux si l'on savait mon attachement au lac, à la Broye, le Nord vaudois, je perds toute crédibilité ! Du coup,  pour marquer mon mécontentement et, peut-être, aller pleurnicher sans que personne ne me voie, je voyage, je cours à travers l'Europe, une prédilection marquée pour Berlin. Et Barcelone. Et Paris. Et ... des destinations très pétasse pédé, me la jouer un rien Sissi, ne me manque que la petite voilette noire et me faire poinçonner sur les quais de Genève.

Du moment qu'on y est, je ne vais pas me gêner, aller, je vous fais un coup de jeunisme, regretter mes vingt ans, la fabuleuse musique de mes vingt ans et tout ce que j'ai raté ! Parce que j'ai beau nourrir une tendresse toute proustienne pour le temps passé, ma "jeunesse" a été pathétique. En bon Vaudois, je n'ai rien fait ... J'ai attendu ... cet enfoiré de prince charmant qui n'a pas manqué de m'envoyer pour émissaire un lapin ... Pourtant ... J'ai mis un peu de temps à comprendre mais sitôt que je l'ai eu compris, je n'ai pas manqué de jouir du mieux possible de chacun de mes instants avant qu'il ne se soit écoulé. La mélancolie : une pose, une manière un peu coquette de donner une plus value à ce passé que je ne regrette absolument pas

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Mercredi 14 février 2007

Les lecteurs ne se pressent pas au portillon, j'ai dû tout quitter ... symboliquement, soit, mais le prix de ma liberté est tout de même un peu cher. Je n'ai pas manqué d'emporter avec moi mes rêveries de pouffe, de la  mélancolie pour les belles après-midi pluvieuses. Tout, dans le décor, concourt à vivre une belle histoire, quelque chose en authentique ancien, donc reteint de romanesque. Je ne peux m'empêcher d'évoquer les images si lisses et si séduisantes de la décadence mitterrandienne, époque d'excès et de délices, de douleurs et d'abandon parce que tout était foutu et tant pis pour demain du moment que le geste restait beau. J'ai à l'esprit une scène tirée d'un téléfilm, le café Coste, un beau garçon attablé, diaphane, un livre, un cahier, un stylo, le café quasi vide, la pluie et toute cette perfection ...

Comment les pauvres hères de la contrée pouilleuse dans laquelle je végète pourraient ne serait-ce qu'entrevoir le dixième de tant de grâce. Je vis parmi des boeufs et j'éduque des veaux. N'allez pas croire que la connerie est un phénomène inhérent aux vieilles générations. Les nouveaux venus sont encore plus cons car totalement incultes et fermés aux nouveaux schémas. Heureusement qu'ils sont promis à l'obésité et consécutivement aux maladies cardio-vasculaires, ils auront débarrassé le plancher que nous serons encore-là. C'est affaire de patience !

Je crois que j'ai dilapidé ma sensibilité au royaume des enclumes. J'aurais voulu ... j'aurais toujours tant voulu de choses ... un petit quelque chose d'émouvant et me soulager de cette fatigue poisseuse qui me fait traîner la patte, qui m'entrave et vient me dicter un comportement raisonnable. J'aurais dû fuir à Zürich, inventer je ne sais quoi pour courir à Berlin, n'importe où mais vivre, la rage du désespoir et, rompu, la paix de l'assouvissement ...

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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Lundi 12 février 2007

Ce n'est pas que de l'émotion ... Il y a le mélange lancinant de la fatigue, la tristesse, une pointe légère de mélancolie et le soulagement, tout de même: se retrouver en "terra incognita" mais sauf. Je ne risque pas ma vie à Lausanne, vieux Pays de Vaud, Suisse confédérale ... on n'y risque jamais que son intégrité morale ... Et pourtant, cette terre, cette terre, la mienne ! Je me retrouve - symboliquement toujours - chassé de chez moi. Je viens te demander l'hospitalité, lecteurs, et un peu d'attention. Je suis un écrivain romand, c'est à dire un auteur suisse de langue française. Pour peu qu'un jour le gouvernement vaudois - ce terreau dans lequel ma famille est si profondément enracinée - pour peu que ce gouvernement prenne un tour plus autocratique, ma liberté de parole me forcerait à un départ immédiat. Je n'en suis pas là mais la malveillance et la bêtise des gouvernants et de l'administration réunis m'ont imposé une censure perfide, la crainte d'être mal interprété, de devoir interminablement me justifier, d'être sali par leur psychorigidité. Je tenais un autre blog, une lecture relativement courue sur les rives du Léman, je n'y ai jamais dénoncé que la stricte vérité et donné en exemple les questions de mon coeur. Je tenais un journal en ligne entre les considérations littéraires des frères Goncourt et les questionnements de Carrie Bradshaw.

La première année de ce blog représente une partie d'un projet littéraire, un texte que j'espère voir publier sous peu, une large réflexion sur la question de la dignité ... Imaginez-vous parmi le sordide d'un bureau mal tenu, décoré avec un mauvais goût faussement pauvre, interrogé par un gros type d'une sympathie tout hypocrite et sa secrétaire parcheminée, le brave homme vous couvrant de sarcasmes à peine déguisés ... " Vous écrivez de la pornographie !", je lui ai répondu "homophobie". Il y a tout de même des lois en terre vaudoise, une protection des salariés, et c'est un grand tort que d'en réclamer l'application. Comme la force ne va pas forcément de paire avec la malveillance, on ne vous envoie pas de "tontons macoutes", on se met à fouiller vos poubelles, à fouiner dans votre courrier, à soupeser votre parole, à soumettre vos écrits (littéraires donc) à des sous-sous-commissions en charge d'un avis de droit. Imaginez toute cette ignoble clique cherchant la petite bête ... Imaginez que je vis dans une ville où les autorités municipales regrettent de ne pouvoir appliquer l'interdiction de tout usage de MP3 aux piétons et aux cyclistes sous prétexte de sécurité routière ! On croirait mourir de rire mais je suis coincé au milieu de cela, parmi tant de médiocrité pontifiante, sans cesse en bute à cette malhonnêteté étatique à la petite semaine, jugé et - moralement - condamné par des gouvernants étroitement corsetés et frustrés dans leur vie d'homme.

Lecteurs, je te demande l'hospitalité ... La presse boycotte mes romans, l'intelligentsia en place est trop préoccupée par sa digestion pour écouter, si ce ne sont mes discours, du moins ma peine et ma sensibilité ... J'ai trop aimé, tant aimé ... et personne qui ne daigne y voir ma douleur. On me trouve bien geignard, au mieux. Parfois, de petits messieurs me conseillent avec un air pincé d'aller voir ailleurs ... Je crois, à présent, comprendre un peu de cette incommensurable peine que portent les enfants rejetés, à la fois la rage et l'espoir d'une prochaine reconnaissance ... Lecteur, ne me laisse pas pleurer dans le désert ...

Par Félix Vallotton - Publié dans : romand
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