En dépit de la rumeur des trolleybus pressés, fin de service, ce petit genre si négligé qui vous donne l'impression de monter dans une bétaillère plutôt que dans un transport public, en dépit du bruit de ces stupides bus si mal conduits, je n'ai pas pu me résoudre à fermer la fenêtre. En dépit de la vulgarité et de la bêtise de cette horrible Lausanne, l'air embaume la jeunesse du printemps, un parfum de fleurs et un quelque chose de suave. Le parfum du prince charmant ... En plus des trolleys, il y a aussi les vélomoteurs de pauvres jeunes garçons gaspillants leur jeunesse, leur beauté, leur éclat dans une vie urbaine inutile et vide. On finit toujours par les retrouver dans le caniveau au milieu de leur vomi. Je ne voulais pourtant pas être amer, ni acerbe dans ce billet. Lausanne ne sait plus inspirer autre chose et, pourtant, la noblesse de la nuit l'emporte avec une sorte de non-chalence outrageuse, de quoi en rajouter encore et à la petitesse de la ville et de son vil peuple. Peut-être qu'une horrible catastrophe pourrait avoir pitié de cette petite capitale et de son indignité en la faisant disparaître par quelque phénomène fantastique et définitif.
C'est idiot, mais je n'arrive pas non plus à m'ôter de l'esprit deux ou trois scènes de ma série préférée, "Verliebt in Berlin" ( Le Destin de Lisa). Cette guimauve marche merveilleusement bien sur moi. Je m'oublie tout entier dans les sentiments des protagonistes. Ah ! les grands yeux tristes de Mariella ... Je ris, je suis parfois au bord des larmes, je vis une sorte de songe orienté. Cela me délasse et me procure un bien-être animal ... Cela me permet de laisser sourdre un peu de ce monde intérieur, entre secret et sortilège; cela me permet de renouer avec une mystique personnelle en dépit de ce que je vais désormais pudiquement désigner par "le reste" (saleté et bruit de la ville, mesquinerie officielle, déroute morale globale de la société, frilosité intellectuelle et je passe sur les ennuyeux bruyants qui encombrent les trottoirs de la ville, les lieux de deale et les services sociaux). En dépit du "reste", la côte française scintille, la nuit est douce et les arias de Handel sonnent toujours avec autant de raffinement et de subtilité.
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