Je reviens d'un établissement de bain ... Je reviens du sauna ... je suis rentré par Sévelin, le chemin des Retraites jusqu'à l'avenue de Morges, un îlot improbable de maisons familiales, de friches urbaines, chantiers, voies ferrées sans issue, blocs d'habitation façon DDR. Je vis dans un quartier de déclassés et de prostituées mais qu'importe et plus encore sous ce ciel-là, sous cette lumière-là, dans cette paix plus profonde que celle des jardins les plus merveilleux de
J'ai peut-être trop usé ma sensibilité et mon imagination romanesque, les situations d'exception me laissent froid et semblent me tenir à distance de la vie même ... Je me suis arrêté un instant, boire à la fontaine de la place de jeu, goûter à ce calme, à l'intimité des habitants alentour, un peu de musique turque par la fenêtre ouverte d'une cuisine, pas envie de rentrer et ce ciel, ce crépuscule ... Je pourrais être à Berlin, Las Palmas, Marseille ou Turin. Une gagneuse, peu avant, m'a demandé une cigarette, j'ai eu la nostalgie du tabac; une grosse femme blonde me regardait sur un banc. J'ai cru qu'elle accompagnait son enfant mais elle était seule, presque transparente.
La journée a été belle ... J'ai copieusement déjeuné chez ma mère puis le sauna, l'opacité du bain de vapeur, les corps qui se frôlent et s'annihilent, sensualité diffuse. J'y ai allongé le vieillard perclus à l'esprit confus que je porte de plus en plus souvent en moi... Il y a bien eu un peu d'humiliation, être ignoré, quelques beaux jeunes gens mais des caresses, des bouches, des baisers, des chairs sensibles et douces, comme autant de serviteurs discrets et zélés dans cette pénombre parmi laquelle j'ai décidé de ne rien voir ... un garçon au sexe épais toutefois, je n'avais jamais imaginé lui plaire ... Puis un petit bout d'homme m’a remarqué sous la douche, vingt-trois ans tout au plus ...
La journée a été belle ... Je ne voudrais jamais quitter cet instant creux, envie d'être un inconnu dans une ville occidentale, simplement être et m'associer à cette lumineuse banalité, forcément bénie ... Un tel crépuscule ... Et se fondre, se dérober avec la lumière discrètement fuyante, à peine un départ, quelque chose d'aussi doux qu'observer un beau dormeur, si possible l'aimé.
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