Ce n'est pas que de l'émotion ... Il y a le mélange lancinant de la fatigue, la tristesse, une pointe légère de mélancolie et le soulagement, tout de même: se retrouver en "terra incognita" mais sauf. Je ne risque pas ma vie à Lausanne, vieux Pays de Vaud, Suisse confédérale ... on n'y risque jamais que son intégrité morale ... Et pourtant, cette terre, cette terre, la mienne ! Je me retrouve - symboliquement toujours - chassé de chez moi. Je viens te demander l'hospitalité, lecteurs, et un peu d'attention. Je suis un écrivain romand, c'est à dire un auteur suisse de langue française. Pour peu qu'un jour le gouvernement vaudois - ce terreau dans lequel ma famille est si profondément enracinée - pour peu que ce gouvernement prenne un tour plus autocratique, ma liberté de parole me forcerait à un départ immédiat. Je n'en suis pas là mais la malveillance et la bêtise des gouvernants et de l'administration réunis m'ont imposé une censure perfide, la crainte d'être mal interprété, de devoir interminablement me justifier, d'être sali par leur psychorigidité. Je tenais un autre blog, une lecture relativement courue sur les rives du Léman, je n'y ai jamais dénoncé que la stricte vérité et donné en exemple les questions de mon coeur. Je tenais un journal en ligne entre les considérations littéraires des frères Goncourt et les questionnements de Carrie Bradshaw.
La première année de ce blog représente une partie d'un projet littéraire, un texte que j'espère voir publier sous peu, une large réflexion sur la question de la dignité ... Imaginez-vous parmi le sordide d'un bureau mal tenu, décoré avec un mauvais goût faussement pauvre, interrogé par un gros type d'une sympathie tout hypocrite et sa secrétaire parcheminée, le brave homme vous couvrant de sarcasmes à peine déguisés ... " Vous écrivez de la pornographie !", je lui ai répondu "homophobie". Il y a tout de même des lois en terre vaudoise, une protection des salariés, et c'est un grand tort que d'en réclamer l'application. Comme la force ne va pas forcément de paire avec la malveillance, on ne vous envoie pas de "tontons macoutes", on se met à fouiller vos poubelles, à fouiner dans votre courrier, à soupeser votre parole, à soumettre vos écrits (littéraires donc) à des sous-sous-commissions en charge d'un avis de droit. Imaginez toute cette ignoble clique cherchant la petite bête ... Imaginez que je vis dans une ville où les autorités municipales regrettent de ne pouvoir appliquer l'interdiction de tout usage de MP3 aux piétons et aux cyclistes sous prétexte de sécurité routière ! On croirait mourir de rire mais je suis coincé au milieu de cela, parmi tant de médiocrité pontifiante, sans cesse en bute à cette malhonnêteté étatique à la petite semaine, jugé et - moralement - condamné par des gouvernants étroitement corsetés et frustrés dans leur vie d'homme.
Lecteurs, je te demande l'hospitalité ... La presse boycotte mes romans, l'intelligentsia en place est trop préoccupée par sa digestion pour écouter, si ce ne sont mes discours, du moins ma peine et ma sensibilité ... J'ai trop aimé, tant aimé ... et personne qui ne daigne y voir ma douleur. On me trouve bien geignard, au mieux. Parfois, de petits messieurs me conseillent avec un air pincé d'aller voir ailleurs ... Je crois, à présent, comprendre un peu de cette incommensurable peine que portent les enfants rejetés, à la fois la rage et l'espoir d'une prochaine reconnaissance ... Lecteur, ne me laisse pas pleurer dans le désert ...